Chez les Grecs, l'enthousiasme signifiait avoir "Dieu en soi". Le transport divin qui habite et inspire ; qui pousse à créer et à innover. Carburant des existences, il contribue au renouvellement, au dynamisme, au progrès.
L'étincelle, l'élan, l'envie, la volonté, la passion.
Qu'en reste-t-il, chez nous, au XXIe siècle ?
Hier, j'intervenais dans une classe de Première Littéraire, accompagnée d'une amie. Face à une vingtaine de regards plus ou moins intrigués, on a raconté un projet. Faire vivre un groupe de débats, d'initiatives au sein du lycée dont le premier thème porterait sur le rôle de contre-pouvoir des médias. Rien d'infaisable, en somme. On explique que le monde de demain est à construire, que l'avenir leur appartient. Ringard, cliché me direz-vous. Pourtant, c'est intemporelle. Si les jeunes ne sont plus motivés, quel espoir peut subsister ? On poursuit notre speech : l'importance du débat et de la délibération, la nécessité de repenser les médias de demain, la valorisation de tous types d'actions. Bref, on veut de l'optimisme, du courage, de la persévérance. Il y a toujours quelque chose à faire. Rien n'est jamais perdu d'avance. On demande s'il y a des questions, des remarques, s'ils portent l'envie du renouveau, d'un autre XXIe siècle. Il ne faut pas qu'ils aient peur de prendre la parole, personne n'est là pour leur faire la morale.
Et puis, le silence d'une classe. Des grands yeux. Pas de réactions. Les jeunes sont-ils aussi désintéressés qu'on le dit ? Avions-nous été les bisounours idéalistes de service, seulement bons à leur faire perdre 20 minutes de cours ? L'urgence dans la voix, on interroge les élèves de manière plus précise : comment s'informent-ils ? Se sentent-ils bien informés ? Ont-ils déjà mené des projets personnels ? Ont-ils le sentiment de pouvoir apporter leur pierre à l'édifice dans ces sociétés au système, qu'on qualifie, d'impitoyable et d'intouchable ?



